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Voir numéro 39 - Novembre 2007

Edito du président

 

Pour cesser d'avoir peur

 

Voir numéro 39 - Novembre 2007Je ne prends pas le bus. Ni le métro. Pourtant je ne suis pas en dehors du monde. Privé de la vue depuis de nombreuses années, j’ai appris à écouter. La grève des transports en commun ne m’a pas affecté directement. Mais elle m’a révélé une chose.
Nous vivons dans une société qui a peur. De plus en plus peur. Les étudiants redoutent de ne pas trouver d’emploi. Les travailleurs, de perdre le leur et les plus âgés, de ne pas percevoir leur retraite.
La science nous fait vivre de plus en plus longtemps et nous finissons par avoir peur de cette longue vie promise, menacée de toutes parts. A quoi servirait de vivre vieux, si nous devons finir seuls, misérables... et aveugles.


Si je devais faire l’inventaire de toutes les peurs, je dirais que deux prédominent :
la peur du chômage et la peur de la cécité. De ces peurs, nous en rendons compte dans chaque édition de Voir, tentant de les conjurer. En vous informant tout simplement. Ce dernier numéro, nous l’avons voulu à la fois plus dense, plus riche, mais aussi plus clair, plus dynamique grâce à une nouvelle maquette dont on me dit qu’elle fait plaisir “à voir”.

La Fédération des Aveugles et Handicapés Visuels de France (FAF) oeuvre depuis 90 ans pour l’insertion sociale et professionnelle des aveugles et des malvoyants.
Née en 1917 dans une époque troublée – encore une – en pleine 1ère Guerre Mondiale, la FAF est reconnue d’utilité publique dès 1921. Tout récemment, le 28 novembre 2007, nous avons soufflé nos 90 bougies à l’Unesco au cours d’un colloque, une longue journée de réflexion et de vifs échanges citoyens réunissant des personnes voyantes, aveugles ou malvoyantes.


Ayant traversé presque un siècle, assisté au commencement d’une nouvelle ère, je suis fier de pouvoir dire que la FAF n’a pas failli. Elle défend toujours les mêmes valeurs : la dignité de la personne humaine, par delà les différences ou les handicaps ; le droit pour chacun, quel que soit son degré de handicap, d’être reconnu comme un citoyen à part entière.
Combattant pour le droit à la différence, nous luttons aussi pour le droit à la ressemblance. Pour preuve, notre combat contre la cécité pour qu’un jour, plus personne ne soit privé du merveilleux spectacle du monde.
Ce combat, nous le menons coûte que coûte car il vrai que la recherche coûte cher. Si notre rêve a réellement un prix, c’est celui de notre détermination, de notre entêtement d’enfant. Alors que Noël approche, notre rêve est en passe de devenir réalité : la création d’un centre de recherche international à la mesure du défi lancé.


Au premier trimestre 2008, l’Institut de la Vision, dont la FAF est membre fondateur, ouvrira enfin officiellement ses portes, avec en son sein 200 chercheurs du monde entier. Ces chercheurs ont une tâche immense : l’éradication de la cécité dans le monde. En disant cela, je pense autant à la cécité dans les pays pauvres, une cécité évitable qui me touche particulièrement, qu’à la cécité dans les pays
riches et vieillissants. Une cécité qui pourrait bien devenir inéluctable si nous ne faisons rien pour la stopper.


JULIEN AIMI

 

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