Européenne avant l'heure, la Fédération s'est fixée comme objectif : l'amélioration morale, intellectuelle et sociale de tous les aveugles tant en France qu'à l'étranger
. Sa devise Par les aveugles, pour les aveugles
!
Et le septième jour !
« Et le septième jour, regardant toute l’oeuvre qu’il avait faite... Dieu se reposa ».
C’est ainsi que s’achève le grand poème de la Création qui ouvre le texte de la Genèse et qui introduit par là-même le grand livre de la Bible. L’écrivain biblique nous y montre un Créateur satisfait de son oeuvre et, la contemplant dans toute sa beauté, aspirant au repos.
Et depuis trois mille ans, le Peuple Juif nous rappelle, à l’occasion de chaque jour du Sabbat, ce texte et cette pratique des origines qui consiste, le travail accompli, à observer le repos afin de rendre grâce, de se recueillir, de se ressourcer.
Si j’ai choisi d’évoquer aujourd’hui cette pratique et cette tradition, c’est bien parce que lorsque ce message vous parviendra, vous serez en pleine période dédiée aux vacances et que je suis convaincu que pour mes amis de la Fédération des Aveugles et Handicapés Visuels de France, et même, j’ose le dire, pour son Président, le repos sera bien mérité et le bien venu.
Cette année aura été riche en travaux, en événements. Rappelons parmi tant de faits le vote par notre Assemblée Générale de Clermont-Ferrand de notre projet fédéral, document longuement travaillé, sérieusement débattu et qui nous dote désormais d’une vraie plate-forme politique sur laquelle nous pouvons solidement nous appuyer.
Rappelons aussi tout le travail accompli sur le grand chantier de l’accessibilité dont nous avons décidé de faire l’une de nos grandes priorités.
Ai-je encore besoin d’évoquer à nouveau la parution de notre calendrier et les grandes étapes de notre Tour de France ?
L’oeuvre accomplie, et n’oublions surtout pas le travail quotidien au service des aveugles et amblyopes en difficulté, a été immense et je remercie bien sincèrement toutes celles et tous ceux qui nous ont aidé à la réaliser, et en tout premier lieu mes collègues du Conseil d’Administration et l’ensemble de nos salariés dont le dévouement à notre cause ne se dément jamais.
Mais c’est bien sur ce thème du repos que je veux maintenant brièvement revenir pour conclure cet éditorial.
En inventant voici plus de trois mille ans le repos hebdomadaire, le Peuple Juif a sans doute eu l’une de ces formidables intuitions sur laquelle nous avons encore à méditer.
Le droit au repos n’a rien à voir avec ce droit à la paresse dont ont parlé certains hurluberlus. Il pose comme principe d’organisation sociale que chaque personne, après avoir accompli son oeuvre, fourni le travail nécessaire à chacun et à tous, à le droit de se réparer, de se poser pour prendre du recul et contempler l’oeuvre réalisée. Et en fixant un même jour observé par tous en même temps pour vivre ensemble ce temps de ressourcement, il en fait un élément fondamental du lien social où parents et enfants, camarades et amis peuvent se retrouver pour partager autre chose que les réalités du monde du travail.
S’il n’est pas question ici de remettre en cause la nécessité de travailler, sans travail pas de production de richesse et, sans richesse, pas de redistribution possible, il me paraît tout aussi capital de redire, à l’heure où l’agitation de certains voudrait nous faire admettre qu’il nous faut tout céder à ce matérialisme débridé qui semble désormais guider notre monde, que l’Homme ne vit pas seulement de pain mais bien aussi de ces forces de l’esprit qui ne se dégagent pas forcément des contraintes du quotidien.
Alors, sachons profiter pleinement de ce temps où le rythme de l’activité fléchit, pour nous retrouver un peu nous-mêmes, partager avec celles et ceux qui nous sont chers autre chose que les urgences du travail. Sachons porter notre regard sur les beautés de ce monde qui nous est donné en partage afin de mieux le contempler et peut-être aussi de mieux le respecter.
Je n’oublie pas pour autant, et je sais qu’ils sont malheureusement trop nombreux, tous ceux pour qui ce temps des vacances ne changera rien dans leur quotidien souvent difficile, au moins si ce temps de calme dont peuvent profiter les autres leur permettait aussi de témoigner à ceux-là un peu plus de chaleur humaine...
A toutes et à tous et du fond du coeur, bonnes vacances.
Vincent MICHEL
Président de la Fédération
des Aveugles et Handicapés Visuels de France