La crise, ce mot a inondé notre presse tant écrite que radiotélévisée au cours des 18 derniers mois. Elle a été présente au coeur de nos rencontres et échanges, pratiquement à tous les niveaux de notre société.
Il est vrai que le phénomène déclenché par la folie spéculative de financiers peu scrupuleux et peu soucieux du bien public est de grande ampleur et que les fermetures d’entreprises, petites et grandes se sont multipliées avec, comme résultat inévitable, une forte croissance du chômage.
Cette brusque rupture de la bulle financière a eu également d’autres conséquences, moins attendues celles-là.
Ceux-là mêmes qui soutenaient urbi et orbi que le marché était en capacité de tout régler et qu’il ne fallait surtout pas lui infliger de règles contraignantes se sont soudain transmués en zélateurs du contrôle, de la règle, de quoi nous laisser penser un instant que la résurrection des morts était enfin arrivée et que MARX et LENINE étaient de retour parmi nous et occupaient désormais les plus hautes fonctions de notre République.
Mais quittons tout de suite ce ton par trop badin pour revenir à une analyse plus sérieuse de la situation et l’examiner à l’aune de notre propre vécu de personnes handicapées.
La crise existe bel et bien, c’est là un fait indiscutable. La croissance de la pauvreté, la forte poussée du chômage, les déficits abyssaux de nos comptes publics en sont autant de signes inquiétants et n’étant pas suffisamment fin économiste, je me garderai bien de pronostiquer sur la reprise annoncée par certains ou contestée par d’autres.
Ce qui paraît évident en revanche, c’est qu’il faudra bien payer un jour ou l’autre les centaines de milliards engloutis pour sauver un système mis en grand péril par les spéculateurs fous, sauvetage sans lequel les conséquences eussent été sans doute plus dramatiques encore. Mais qui paiera l’addition ?
L’exemple de quelques textes votés dans la pénombre nocturne de notre Parlement a de quoi inquiéter.
J’en veux pour preuve l’ajournement sine die de la progression de la cotisation des entreprises ne respectant pas l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés. Je fais également allusion à la tentative de soustraire les constructions neuves des règles relatives à l’accessibilité du cadre bâti mises en place par la Loi du 11 février 2005. Fort heureusement sur ce point, il existe encore un Conseil Constitutionnel, n’en déplaise à certains. Et qu’en est-il du fameux plan handicap visuel annoncé à grand renfort de tambours voici presque deux ans et qui reste à ce jour une coquille pratiquement vide ? Ce ne sont pas les déclarations d’amour, la main sur le coeur de «certain» qui parviendront à nous rassurer et à nous faire sentir que nos problèmes sont enfin pris en compte. Ces signes franchement inquiétants et révélateurs, et il y en a bien d’autres dont la liste allongerait inutilement cet éditorial, peuvent nous laisser craindre que les plus faibles soient appelés en premier à payer l’addition dont je parlai plus haut.
Pesant peu sur le marché, divisés au sein d’associations parfois groupusculaires, ils sont les cibles idéales pour que l’on essaie de récupérer sur leur dos déjà meurtri les sommes qu’il nous faudra bien trouver quelque part.
Eh bien, il nous appartient de savoir nous élever contre ces tentatives peu honorables pour ceux qui tentent de les ourdir et de renforcer nos associations représentatives pour obtenir nos droits inaliénables à l’égalité des chances, à la citoyenneté et à la participation au sein de notre monde.
Plus que jamais, chers amis, votre soutien actif nous est indispensable.
Vincent MICHEL
Le Président